Mis à jour 15/04/2011
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L'interview de Pierre Roche par Hélène du Québec

En exclu pour ce site ! ((18/11/2005)

 

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roche1.jpg (23725 octets)Montréal, le 18 septembre 2000

Entrevue téléphonique avec Monsieur Pierre Roche

 

Bonjour Monsieur Roche, pour le compte du site de Patrice, j’aimerais bien vous connaître et vous faire connaître davantage. J’ai lu un tas de choses sur vous…vraies ou fausses, peu importe… ! L’important c’est le plaisir de converser avec vous qui avez été témoin d’une époque fantastique de la chanson française.

 

Monsieur Roche, où êtes-vous né ?

 

Je suis né en 1919 à Beauvais, à environ 70 km de Paris. D’ailleurs, c’est dans la belle cathédrale de Beauvais que ma mère s’est mariée.

 

J’ai lu que vous étiez issu d’une famille aisée. Vos parents n’ont pas du apprécier vos ambitions artistiques ?

 

Au départ, rien n’indiquait que je j’allais faire une carrière artistiques. J’ai suivi des études de piano comme tous les enfants et des études comme le bac, la philosophie, le Bac I et le Bac II comme on les appelaient dans le temps. C’est la guerre qui a fait toute la différence. La ville de Beauvais fut bombardée par les allemands ; notre maison et celle de mes grands-parents furent détruites et nous sommes tous partis habiter à Paris dans un petit appartement.

 

Quel événement a été le déclencheur de votre carrière ?

 

À Paris, j’avais des amis qui aimaient la musique. Je me suis senti à l’aise dans ce milieu. Et comme j’avais appris des leçons de piano et bien, on chantait et je les accompagnais. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai fait la connaissance d’Aznavour, des amis l’ont amené chez moi et on s’est tout de suite bien entendus.

 

C’est de cette façon qu’a débuté le duo Roche et Aznavour ?

 

Non, pas du tout. À Paris, nous avions fondé une boite qui s’appelait Le club de la chanson, j’y étais un peu le président… j’y ai chanté à quelques reprises en solo mais ce n’était pas sérieux… Je n’ai jamais rien pris au sérieux… ni la vie, ni rien…

C’est sans doute le secret de ma longévité, j’ai 81 ans.

 

Alors comment a commencé ce duo ?

 

Ce duo, c’est d’abord une erreur. Je chantais des chansons et Aznavour chantait les siennes. Or, un soir, la présentatrice s’est trompée et nous a présentés ensemble alors que nous aurions du faire notre numéro chacun de notre côté. Et on a joué le jeu, on s’est dit que si les gens venaient et applaudissaient, on continuerait sinon on reprendrait chacun notre numéro solo. Les gens sont venus (700 à 800 personnes) et ont applaudi, de telle sorte que nous sommes restés ensemble plus de huit ans

 

Dans votre duo, qui faisait quoi ?

 

Moi, j’écrivais la musique et Aznavour, les paroles. Aznavour n’avait presque pas fait d’études mais il avait le sens des paroles et les mots pour exprimer des états d’âme.

 

Au niveau musical, que vous a apporté votre rencontre avec Aznavour ?

 

J’ai toujours été passionné de jazz, j’écoutais et réécoutais Louis Amstrong alors qu’Aznavour, lui, m’apportait le côté musette, accordéon, etc.

 

Est-il vrai que vous avez fait la 1ère partie des spectacles de Piaf ? Comment était Piaf ?

 

Oui, comme duettistes, nous avons fait la 1ère partie des spectacles de Piaf pendant un an et demie. Piaf, contrairement aux chansons dramatiques qu’elle chantait sur scène, était d’une drôlerie et d’une gaieté folle. Tout de suite après sa dernière chanson, elle arrivait en coulisses et criait : ça a marché…elle sautait, dansait, elle était magnifique.

 

Monsieur Roche  j’ai lu que vous aviez la réputation d’être assez cavaleur ?

 

Mais c’est une bonne réputation, ça. J’ai toujours aimé les femmes . Mieux encore, j’aime leur voisinage.

 

Pourquoi le duo formé avec Aznavour s’est-il rompu?

 

D’abord, nous étions au Québec et je me suis mariée avec une fort jolie femme, Aglaé qui a aussi fait carrière dans la chanson. Je désirais donc rester au Québec avec ma jeune femme. À cette époque, il n’y avait pas de salles de spectacles au Québec, il n’y avait que des cabarets. Ainsi Piaf a dit à Aznavour qu’il n’y avait pas d’avenir au Québec, s’il voulait faire une carrière, il devait retourner en France. Ce qu’il a fait et je suis resté ici. Il n’y a pas eu de malentendus, c’était la vie, tout simplement.

 

Après toutes ces années, gardez-vous encore contact avec Aznavour ?

 

À chaque fois qu’il vient au Québec, nous nous rencontrons, des heures trop brèves car il est toujours très occupé et son emploi du temps est chargé. Néanmoins, nous conservons des contacts réguliers.

 

Après le départ d’Aznavour, qu’avez-vous fait au Québec ?

 

J’ai été engagé pour un contrat de quinze jours dans la ville de Québec. C’était à l’Auberge des gouverneurs et ce contrat a duré 19 ans. J’y ai chanté 340 000 chansons. Des chansons de Bécaud, Aznavour, Brel, je m’accompagnais au piano.

 

Après la séparation de votre duo, avez-vous remonté sur scène avec Aznavour ?

 

À l’invitation d’Aznavour nous nous sommes retrouvés, le temps de quelques spectacles, à l’Olympia de Paris. Nous nous sommes habillés de la même façon (duo oblige !) et au bout de quelques minutes tout était comme avant, la même magie opérait. Le public a beaucoup applaudi ce spectacle qui a été enregistré en direct sur disque.

 

À quoi occupez-vous votre temps ?

 

Rien, je ne fais rien, je ne fous rien et j’aime.

 

Vous vous tenez au courant de l’actualité musicale ?

 

J’écoute beaucoup la télé, l’émission de Michel Drucker par exemple. Je m’intéresse beaucoup à tout ce qui concerne la chanson française. Par contre, je déteste le rap. Et je constate que les mots des chansons ne veulent plus dire grand chose. Les chanteurs et chanteuses ont tendance, fâcheuse tendance à crier! Et on ne comprend plus le texte. De plus, l’autre jour, j’ai entendu un chanteur crier en souriant une chanson triste et émouvante… que comprenait-il des mots de la chanson ? Je déplore cet aspect des choses.

 

Comment qualifieriez la voix d’Aznavour ?

 

À ses débuts, tout le monde disait qu’il ne pourrait pas chanter, faire carrière dans la chanson. Sa voix était trop voilée, disait-on… Avec le temps, on a dit qu’il avait fait des progrès, que sa voix était meilleure. Je laisse la finale à Raoul Breton (son éditeur) qui disait que sa voix n’a guère changée… c’est le public qui a changé !

 

Pour terminer, Monsieur Roche, avec un nom comme le vôtre, avez-vous la tête dure ??!!

 

(Rires…) Non mais c’est mon vrai nom. J’ai pourtant pensé changer mon nom et m’appeler Stone Stone… mais je ne l’ai pas fait!