
Mis à jour 15/04/2011
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réalisée grâce à la participation d'Hélène et de Bernard
QUELQUES
ARTICLES DE PRESSE du QUÉBEC
Amant de la chanson, il épousa le Québec
L’auteur
compositeur interprète Pierre Roche s’éteint à Québec à l’âge
de 81 ans
Journal « Le Devoir »
30/01/01 par Solange Lévesque
Leur nom fait partie de notre
paysage depuis si longtemps qu’on les croit immortels. Un à un,
pourtant, ils disparaissent, ceux qui ont foulé les sentiers peu
balisés de la chanson au Québec avant la Révolution tranquille.
Pierre Roche était l’un de ceux-là. Il vient de s’éteindre à
Québec des suites d’une longue maladie, à 81 ans. Français d’origine,
il était né le 27 mars 1919 dans une famille bourgeoise et noble de
Beauvais, ville moyenâgeuse de l’Oise. Il avait effectué un
baccalauréat en philosophie.
En 1940, alors que sa ville natale
est complètement détruite par l’invasion allemande, Pierre Roche
descend à Paris dans l’intention de faire ce qu’il aime le plus au
monde : jouer du piano d’oreille et par cœur. Tout le contraire de l’ambition
familiale et des cours traditionnels de piano. Chaque semaine, son
appartement est le lieu d’agapes où se rencontrent des jeunes gens
qui deviendront plus tard des têtes d’affiche : Jacqueline François,
André Claveau, Jacques Pills, Francis Blanche, etc. Il loue bientôt un
appartement aux Champs-Élysées où il fondera avec ses copains Le Club
de la chanson puis l’École du Music-hall, assortie d’un petit
cabaret clandestin (car nous sommes sous l’occupation). Bourvil, Eddie
Marnay, Francis Lemarque et Roland Gerbeau travaillent avec lui. C’est
là qu’un certain Varenagh Aznavourian auditionnera en 1942. Ce sera
le début d’une collaboration entre Pierre Roche et le jeune immigré
arménien qui choisira Charles Aznavour comme nom d’artiste.Ces deux-là chantent en duo au
début, puis Charles chante et Pierre l’accompagne au piano. Ils
composent des chansons qui seront interprétées et popularisées par
les Georges Ulmer, Lucienne Delyle, Andrex, Les Compagnons de la
chanson, Eddy Constantine. En 1947, Pierre Roche remporte le prix du
disque au concours parisien avec l’enregistrement de sa chanson J’ai
bu, chantée par Georges Ulmer. Ses chansons accrochent. En 1948, Edith Piaf qui a un flair
très sûr pour détecter les nouveaux talents, remarque bientôt le duo
Roche et Aznavour et invite les deux artistes à faire une tournée
new-yorkaise avec elle. Son impresario leur suggère d’aller à
Montréal, où le public parle leur langue. Et comme le hasard fait bien
les choses, c’est en 1948 qu’est inauguré le Faisan doré, le
premier cabaret essentiellement francophone à Montréal situé
boulevard Saint Laurent, juste au nord de Sainte-Catherine, animé et
administré par Jacques Normand. Grâce à celui-ci, Roche et Aznavour,
parmi tant d’autres comme Jean Rafa, Monique Leyrac, Fernand Gignac,
etc, se font connaître. En 1949, on peut lire dans le quotidien La
Presse : « Roche, un pianiste de grand talent, compose les
mélodies et se charge de l’accompagnement en ajoutant, à l’accordéon,
sa petite phrase de chant. Aznavour se spécialise dans la composition
des paroles et se fait l’interprète principal avec une assurance et
une aisance des plus rafraîchissantes. Ils forment un duo parfait qui
ne manque jamais de faire rigoler copieusement leur auditoire ».
Aznavour est reparti en France en 1960 et le duo a pris fin. En 1962,
Pierre Roche déclarait à une journaliste de L’Hebdomadaire Samedi :
« La vie, en somme, est un complot du hasard et de la fantaisie
». Des hasards et des fantaisies, il y en eut plein sa carrière.
Roche est resté au Québec et a
épousé la chanteuse québécoise Aglaé (Josette Delongchamp) pour
laquelle il a écrit plusieurs chansons et qu’il a accompagnée
ensuite en France lors de tournées et d’un séjour de 1952 à 1963.
Pierre Roche et Aglaé ont eu deux fils. Depuis 1963, le coupe s’était
définitivement installé à Québec. En 1955, Pierre Roche signait un
contrat de deux semaines pour jouer au piano-bar d’un grand hôtel (l’Auberge
des Gouverneurs) de Sainte-Foy, où tous les grands artistes français
de passage ne manqueront pas d’aller le saluer. Il y restera jusqu’en
1984, année du décès de son épouse. Il avouait avoir perdu le goût
de travailler à la suite de cet événement. Pierre Roche calculait
avec amusement avoir chanté 340.000 chansons pendant son marathon de 19
ans consécutifs au piano-bar. Tout au long de sa carrière, il aura
composé la musique (et parfois les paroles) de près de 500 chansons.
Jointe au téléphone en France,
Suzanne Avon, épouse de Fred Mella, l’un des Compagnons de la
chanson, se souvient de Pierre Roche : « Un homme ludique, drôle et
charmeur, un musicien talentueux qui créait une impression de bonheur
» rappelle t-elle.
En 1997, Pierre Roche avait
accordé une entrevue substantielle à Monique Giroux dans le cadre de l’émission
Les Refrains d’abord : « C’était un artiste très
discret, pas du tout carriériste » souligne l’animatrice. « Contrairement
à ce que plusieurs ont pu penser, il ne nourrissait pas d’amertume
devant le succès de son ex-partenaire Aznavour, auquel il vouait un
respect et une admiration infinis. Lui, il avait choisi l’ombre et
habitait un petit appartement très modeste, par choix également. Il
vivait au jour le jour, entouré d’archives mais en homme de son
temps, branché sur l’actualité » précise t-elle.
De
larges extraits de cette entrevue seront diffusés aux Refrains d’abord
le dimanche 4 février entre 16 h et 20 h à la première chaîne de la
radio de Radio-Canada. On pourra également entendre des chansons
extraites de la compilation des chansons de Pierre Roche et Charles
Aznavour gravées sur CD en 1996 par les disques Fonovox et la SRC Radio
AM d’après une idée originale de Monique Giroux et Martine Jessop.
Trois chansons de Roche et Aznavour datant des années du 78 tours et du
Faisan doré se trouvent également sur la compilation Monique
Leyrac, double CD gravé aussi par Fonovox et la SRC Radio Am en 1996.
Deux CD désormais malheureusement introuvables.
Décès
du pianiste Pierre Roche à Québec - Il
avait formé un duo avec Aznavour
« Échos Vedettes » du
30/01/2001 par Denis Méthot
Tout
un chapitre de l’histoire des nuits de Québec vient de se refermer.
Le pianiste Pierre Roche, qui formait un duo avec Charles Aznavour avant
de découvrir la Vieille Capitale et de s’y établir au début des
années 50, est décédé à l’Hôtel-Dieu de Québec dans la nuit de
dimanche à lundi. Il était âgé de 83 ans.
Selon
ses proches, le musicien est mort d’un cancer généralisé. Il y a
quelques années, il avait été opéré pour un cancer de la prostate
et croyait s’être totalement rétabli. Il était droit comme un
chêne et dans une forme physique étonnante pour un homme de son âge
avant que la maladie ne réapparaisse et s’étende. Ses deux fils
étaient présents à ses côtés lorsqu’il a fermé les yeux pour la
dernière fois. Il s’est éteint dans la sérénité, a décrit l’un
de ses amis qui l’a veillé jusqu’à la toute fin.
Il prend racine à Québec
Pierre
Roche était venu se produire à Québec à la fin des années 40 à l’invitation
de Gérard Thibault, propriétaire du cabaret Chez Gérard. Le
pianiste français, qui a également travaillé durant sa carrière avec
Edith Piaf et Gilbert Bécaud, faisait alors équipe avec un autre
musicien et chanteur peu connu, Charles Aznavour. Roche s’était
tellement épris de la ville de Québec qu’il avait décidé d’y
rester et d’y passer toute sa vie. Aznavour, pour sa part, était
reparti pour la France et connut la carrière internationale que l’on
sait. Les deux hommes étaient restés de grands amis et communiquaient
régulièrement entre eux. Il y a quelques semaines, l’auteur et
interprète de La Bohème aurait été bouleversé d’apprendre
l’état de santé de son copain et sa fin imminente. Lundi dernier, on
ignorait toujours s’il viendrait assister aux funérailles.
Alors
qu’Aznavour se produisait dans le monde entier, Pierre Roche a passé
une grande partie de sa carrière à jouer au piano-bar de l’Auberge
des Gouverneurs de Sainte-Foy où il était devenu une véritable
institution. D’après des amis, Pierre Roche n’a jamais été jaloux
du succès de son ancien partenaire de scène. Il avait choisi de vivre
différemment et de prendre racine dans un autre milieu, une décision
qu’il semble n’avoir jamais regrettée
.
Ses chansons
L'amour
a fait de moi / Bal du
faubourg / Le bel Écossais / Boule de gomme / C'est
un gars / Cinq filles à
marier / Les cris de ma ville
/ Départ express
(Destination inconnue) / En
revenant de Québec / Le
feutre taupé / Les filles de
Trois-Rivières / Il
pleut / Il y avait / Il
y avait trois jeunes garçons / Incognito
/ J'ai
bu / J'aime Paris au mois de
mai / Je n'ai qu'un sou / Je
suis amoureux / Je voudrais / J'ôte le veston / Ma
main a besoin de ta main / Monsieur
Jonas / Les nuits de
Montmartre / Oublie Loulou / Poker
/ Premier verre de champagne
/ Retour / Tant
de monnaie / Une
seule fois.
Le
pianiste Pierre Roche s’est éteint à 83 ans
«
La Presse » par Jean-Christophe Laurence et PC
Une
page du music-hall québécois a été tournée dimanche soir, avec le
décès du pianiste et chanteur Pierre Roche. Atteint d’un cancer
généralisé, le musicien s’est éteint à l’Hôtel -Dieu de
Québec, à l’âge de 83 ans. Ses deux fils, Charles et Philippe,
étaient à ses côtés et selon l’un de ses amis, Claude Gérard, il
s’en est allé sans souffrance.
Dans
les annales de la chanson française, Pierre Roche reste surtout
célèbre pour avoir été le premier collaborateur de Charles Aznavour.
Les deux compères ont connu un succès certain au Québec à la fin des
années quarante, à l’époque florissante des cabarets. Par amour
pour la chanteuse canadienne Aglaé, Pierre Roche s’était depuis
installé à Québec, où il a connu beaucoup de succès comme pianiste
de lounge.
«
Il vivait d’abord pour vivre. Après seulement, il y avait la
carrière. C’était une âme de poète » raconte son amie Danielle
Oddera. « Pierre
Roche a toujours été satisfait de ce qu’il faisait. Tant qu’il
avait des fleurs sur son balcon et assez d’argent pour vivre, il
était heureux » renchérit Gérard Thibault, fondateur du mythique
cabaret Chez Gérard, dans la Vieille Capitale.
Né
à Beauvais près de Paris en 1919, Pierre Roche a fait ses premières
armes au Club de la chanson, où il interprétait ses propres chansons
en s’accompagnant au piano. Il formera ensuite un duo avec Charles
Aznavour qui, après la guerre, obtiendra ses premiers succès avec Le
Feutre taupé, Départ express ou Poker. Le
tandem, qui se distingue par une écriture moderne, swinguée et
colorée, sera remarqué par Edith Piaf, qui les emmène pour une
tournée aux États-Unis. Mais Roche et Aznavour s’arrêteront surtout
au Québec, où ils vont conquérir la faveur populaire. « Adopté »,
pour ainsi dire, le duo signera d’ailleurs quelques chansons au sujet
de la Belle Province, comme Les Filles de Trois-Rivières et En
revenant de Québec.
Le
duo se séparera au tournant des années cinquante, chacun suivant son
propre chemin, celui de Roche ayant pour nom Aglaé. Mais Pierre et
Charles sont toujours restés de très bons amis, enregistrant même
trois chansons-retrouvailles lors d’un spectacle d’Aznavour à l’Olympia,
en 1975. La Presse a tenté de joindre Charles Aznavour hier. En
pleine tournée française, le chanteur n’a cependant pas pu répondre
à nos appels.
«
En huit ans de collaboration, le duo a facilement laissé huit ou dix
chansons qui vont rester » croit Pierre Jobin, propriétaire de la
salle de spectacle Les Oiseaux de Passage, à Québec. Mais la
période Aznavour a peut être occulté son talent. Une fois seul, même
s’il n’a pas écrit beaucoup, Pierre Roche a quand même signé de
très belles chansons. La plus célèbre étant sans doute L’amour
m’est venu, popularisée à la fois par Aglaé et Danielle Oddera.
Retransplanté
au Québec, Pierre Roche deviendra le pianiste attitré de l’Auberge
des Gouverneurs à Sainte-Foy, où il interprétera, selon ses
propres chiffres, près de… 340.000 chansons en vingt ans de bons et
loyaux services. Bien que beaucoup moins chargée au niveau
discographique, cette période n’en fut pas moins couronnée de
succès. « Il était le seigneur de ces lieux, raconte Pierre Jobin.
Tous les artistes qui venaient à Québec allaient voir Roche à l’Auberge.
Il était devenu une espèce de phare, un point de rassemblement. »
«
L’Auberge des Gouverneurs est venue au monde presque en même
temps que lui, résume Gérard Thibault. De son temps, l’endroit
marchait très bien. »
Après
son retrait de l’Auberge des Gouverneurs, Pierre Roche n’a
jamais voulu replonger dans le showbiz. Si on l’a parfois vu dans des
soirées à parfum nostalgique, le pianiste-chanteur se faisait beaucoup
plus discret depuis une vingtaine d’années. « Mais il a toujours
continué à s’intéresser à l’actualité musicale », tient
toutefois à préciser Gérard Thibault. « Quand il a quitté l’Auberge,
relate Danielle Oddera, il m’a dit : si tu savais comme je suis
bien : toute ma vie j’ai rêvé de ne rien faire. Maintenant je peux
rêver à loisir… »
Pierre
Roche a désormais l’éternité pour rêver. La date des funérailles
sera communiquée plus tard.
PHOTOS

Paris, 1985
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Jean Rafa, Aïda Aznavour,
Roche, Aglaé et Aznavour au Faisan Doré, 1950
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Aznavour et Roche lors d'un
tournage avec Yves Montand
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Chez Clairette, anniversaire de
Jacques Brel, le 8 avril 1964
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Roche, Aznavour et Jean Rafa, au
Faisan Doré, 1950
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Roche, Aznavour, Edith Piaf et
Charles Trenet, Belgique, 1948
|
LU
DANS la pochette du CD « Roche
et Aznavour » (CD
SRC Radio AM / Fonovox)
par
Monique Giroux, animatrice des Refrains d’abord, diffusée à la radio AM de
Radio-Canada

On ne refait pas l’histoire, mais la connaître c’est comprendre que
rien ne se perd, rien ne se crée, que les stars furent déjà
débutantes et que La Bohème n’est pas qu’une chanson à
succès.
Pierre Roche et Charles Aznavour forment une
paire d’amis à toute épreuve et les souvenirs qu’ils partagent
sont ceux d’une jolie aventure vécue de 1942 à 1950.
Pierre Roche, un gamin de Beauvais, est né le
27 mars 1919, d’une famille noble et bourgeoise. Roses de
Picardie, cet air qui lui semblait beau, lui donne l’envie de la
musique. Voilà comment un bachelier de philo devient
pianiste-compositeur. Par don, par oreille. Charles
Aznavour, un gosse de Paris, est né le 22 mai 1924 de parents
arméniens émigrés, français dans l’âme et artistes tous les
deux. Voilà comment on suit la « voix » du destin.
La guerre, qui par nature détruit et mobilise,
n’avait pas eu raison de nos deux hommes. Son jeune âge épargnait
Charles, tandis que Pierre, victime d’un accrochage voiture-vélo
(il était le vélo), était épargné du front. Beauvais brûle-t-il
? Pierre Roche se réfugie à Paris. Quoi de mieux pour couvrir le
bruit des bottes que celui de la musique ?
Avec quelques copains, Roche fonde, en 1941, le Club
de la Chanson (qui aurait aussi pu s’appeler le Club de la
Résistance), une école dans un grand local laissé vide par un juif
déporté à Drancy, père d’un des potes. Sur la rue de Ponthieu,
au-dessus du Lido, on enseignait le piano, la diction, le chant et la
claquette.
On imagine forcément qu’un matin de guerre,
fin 1942, est un matin gris, un matin de pluie. En vérité, du temps,
on ne se souvient plus, mais de l’événement qui se produisit, oh,
que si ! C’est pourquoi ces mots sont écrits. Varenagh Aznavourian
(c’était son nom) débarque ce matin-là au Club de la Chanson
pour auditionner avec dans sa besace Y’a un hibou dans le beffroi
du piano ( !). La sympathie, le plaisir et l’amitié se créent
vite en chantant Trenet. Bientôt ils s’écriraient leurs propres
chansons.
Roche, vedette de sa commune, monte un spectacle
d’amateurs à Presles. Il propose à Aznavour et aux autres copains
d’être de la première partie. Il embauche une danseuse du Concert
Mayol qui, pour l’occasion, n’aurait pas à s’effeuiller, mais
seulement à articuler 5 mots « Mesdames et Messieurs, voici… », d’abord
Aznavour en première partie, et Pierre Roche en vedette. Elle prend
un raccourci et nous fait : « Mesdames et Messieurs, voici Pierre
Roche et Charles Aznavour ! ». Un coup d’œil en coulisse… Ah !
Et puis pourquoi pas ! Quelques jours plus tard, à Beaumont sur Oise,
ils entrent en scène en clamant : « Si vous applaudissez beaucoup,
vous serez peut-être à l’origine d’une grande carrière ! ».
C’était un temps que les moins de vingt ans
ne peuvent pas connaître. A Paris, au square Montholon, entre l’Opéra
et la gare du nord, chez Roche, on accrochait des lilas jusque sous
les fenêtres. L’humble garni qui leur servait de nid était bel et
bien celui de la chanson et dans les cafés, là où ils attendaient
la gloire, Pierre et Charles ne cessaient d’y croire. Ils avaient
raison. De cabarets en imprésarios, les succès se créaient aussi
vite que les airs… un par jour.
Georges Ulmer, Lucienne Delyle, Andrex, Les
Compagnons de la Chanson, Eddy Constantine enregistrent du Roche et
Aznavour. Jacques Canetti, directeur artistique de la maison de
disques Polydor, leur fait enregistrer 8 titres sur 78 tours. Plus
tard, quatre autres titres seront enregistrés sous étiquette London.
Rencontrée au cours d’une émission de radio,
Edith Piaf, conquise, les invite. « Charles vous savez valser ?
Pierre, vous savez jouer la valse ? » . Ils ont valsé. Roche,
Aznavour et Les Compagnons de la Chanson firent avec elle une immense
tournée hexagonale. Puis, Piaf partit pour New York laissant
derrière elle, sur ses pas, deux jeunes hommes déterminés : « Nous
irons vous saluer à New York ».
En septembre 1948, nos duettistes débarquent,
sans billet de retour, sur cette autre planète qui ne veut pas de
deux chômeurs de plus. Trois jours enfermés dans la prison de l’immigration
d’Ellis Island, d’où ils sortiront après avoir juré sur la
Bible qu’ils n’étaient pas là pour tuer le président. Piaf les
entretient jusqu’à ce que son imprésario leur suggère, fin 1948,
d’aller à Montréal, là où au moins on parle français. Avec en
poche un contrat qui les ramènerait en janvier 1949 au Café Society
de New York, ils prennent la route vers le Québec.
« Venez entendre les fameux duettistes
français de Paris, ils sont épatants, présentés au Quartier Latin,
rue de la Montagne dans l’Ouest de la ville, au sud de la rue
Sainte-Catherine ». Jacques Normand, animateur du Faisan Doré,
les invite rue Saint-Laurent à l’Est. En une nuit et à la demande
des « fameux duettistes », on installe une scène et un rideau. Ils
ont prolongé pendant des mois et des mois un engagement qui ne devait
durer que le temps des roses.
Le 18 mai 1949, Charles Trenet, qui avait
inauguré l’endroit, écrivit à Gérard Thibeault (propriétaire de
Chez Gérard à Québec) : « Je vous engage à engager les
duettistes Roche et Aznavour, ils sont excellents, et font leurs
jolies chansons eux-mêmes. Vous verrez le succès qu’ils auront.
Ecrivez-moi de vos bonnes nouvelles à Mexico City. Avec mes bonnes et
chaleureuses amitiés. Charles Trenet ».
Le Québec leur inspirerait quelques chansons,
J’aime Paris au mois de mai par exemple. L’hiver, qui aurait
pu refroidir les ardeurs, réchauffe le cœur de Pierre Roche. Elle ne
s’appelait pas encore Aglaé mais ça viendrait. Le 1er mai 1950, on
« voyage de noces » à Paris et le duo se sépare. Piaf, la
convaincante, venait de conseiller Aznavour de faire carrière en
solitaire. Chacun allait suivre son chemin pour se retrouver, en
décembre 1972, à deux sur la scène de l’Olympia de Paris et
chanter les mêmes airs avec le même triomphe.
A l’écoute de ces chansons enregistrées sur
78 tours, reproduites ici intégralement et pour la première fois,
ressurgiront vos souvenirs, qui tiendront plus de place que quelques
mots sur quelques lignes. Restera toujours, dans la découverte du son
et de la couleur de ces chansons, la preuve que la nostalgie peut
être gaie et que les modes ne font pas que passer.
Témoignages
Pierre
Roche est décédé le 29 janvier 2001. Une roche, une pierre , mais que dis-je,
un pavé est tombé dans la mare de la chanson française. Cet artiste, sans
prétention ni plan de carrière était UN GRAND comme il ne s’en fait plus ou
peu. Lors de notre
conversation téléphonique, nulle trace d’une voix chevrotante, de déprime
ou d’amertume. Était-il déjà malade ce jour-là? Rien ne pouvait le laisser
croire !
Dans
sa voix et ses propos, j’ai trouvé de la joie de vivre. Il m’a semblé un
homme heureux. Il avait composé des musiques, il avait chanté, il avait aimé…
Que peut-on demander de plus
à la vie quand on est un artiste?
Je
pense également devoir dire qu’il avait le culte de ses amitiés.
Si
je peux souhaiter quelque chose à mon meilleur ami, c’est d’avancer dans la
vie avec la même sérénité et la même joie de vivre que Pierre Roche portait
en lui. Souvent la vie nous
donne des leçons….Pierre Roche nous en donne une de taille : Peu importe…la
vie vaut d’être vécue comme elle est et différente pour chacun de nous. Ne
pas regarder les autres mais avancer à son pas et à son rythme selon ses
goûts, ses coups de cœur et ses convictions profondes.
Quand
j’écouterai ces chansons de nouveau, je le ferai d’une façon différente
car j’aurai en tête cet Homme qui les a crées et cet homme était un Grand
Homme.
Salut
l’artiste,
Hélène,
Québec (voir l'interview
du 18 septembre 2000)Il
a été d’une simplicité désarmante…La voix assurée, le rire facile et l’humour
un peu caustique. Il revenait à peine de jouer à la pétanque avec ses bons
amis et il se préparait un apéro. Il
m’a invitée à venir le rencontrer à Québec. Hélas! Notre emploi du temps
respectif a fait en sorte que ce projet ne se réalise pas.
Pierre
Roche n'est plus... m'apprend le journal télévisé. Pierre Roche habitera nos
souvenirs, c'était un être de joie; il aimait la vie. J'ai encore très
présent à la mémoire les soirées à l'Auberge des gouverneurs au début des
années 70. Bonne santé et
longue vie à Aznavour
C.
Du Sablon
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