Edith PIAF

Hommage à Edith PIAF

Mise à jour le 18/11/05

 

EDITH PIAF, L'HYMNE A LA MÔME


Présentée par Michel Drucker et Charles Aznavour, le samedi 11 octobre à 20H55 sur France 2, une soirée hommage pour le quarantième anniversaire de la disparition d'Edith Piaf. Une pléiade d'artistes se joindront à eux pour commémorer la disparition de PIAF.

A l'occasion du 40e anniversaire de la disparition d'Edith Piaf, Michel Drucker et Charles Aznavour réunissent un plateau prestigieux. Les  grands noms de la chanson française se joindront à eux : Johnny Hallyday, Isabelle Boulay, Florent Pagny, Chimène Badi, Benjamin Biolay, Raphaël et Laetitia Casta, Liane Foly, Nolwenn Leroy, Cheb Mami, Axelle Red, Jean-Louis Aubert, Enrico Macias, Stephan Eicher, Patrick Bruel, Mireille Mathieu... et interprèteront ses plus célèbres chansons. Ce sera l'occasion pour nous de redécouvrir l'immense répertoire d'Edith Piaf : La foule, La vie en rose, J't'ai dans la peau, Non, je ne regrette rien... Tout au long de cette émission spéciale, nous pourrons découvrir des images inédites en couleur d'Edith Piaf, tournées pendant vingt ans par son mari et accordéoniste Marc Bonel.

Charles Aznavour raconte Piaf
"Je vous parle d'un temps..." propos recueillis par Amélie De Vriese

Il fait chanter la langue de Molière pour nous plaire. Il raconte des histoires qui nous emmènent au bout de la terre ou tout près de nous, comme si elles étaient nôtres. Chaque nouvel album est un événement en France comme à l’étranger. Le 3 octobre, le dernier sort enfin, après trois ans d’attente ! A la même date, paraît son livre, Le Temps des avants (Flammarion), où il relate ses souvenirs et ses rencontres, notamment avec son amie Edith Piaf. Pour lui rendre hommage, il présentera avec Michel Drucker L’Hymne à la môme. Non, il n’a rien oublié, et il nous parle d’elle.

Comment s’est passée votre première rencontre avec Piaf ?

D’une manière qui nous ressemblait ; nous étions deux enfants des bals musette qui s’étaient reconnus. Edith retrouvait en moi le genre de personnages qu’elle avait perdus en devenant célèbre. Nous avons parlé d’un milieu dont elle avait un peu de regret. On ne devient pas du jour au lendemain une personne au top de l’actualité en oubliant le passé et même ses mauvais moments. Car les moments difficiles appartiennent à la prime jeunesse. Quand on l’a perdue, on n’a pas envie d’enterrer avec elle ses souvenirs.

Qu’est-ce qui vous a frappé lors de cette rencontre ?

J’avais remarqué la reine et sa cour. Pas de courtisans. Non, c’était une cour “utile” d’auteurs, de compositeurs, d’amoureux d’Edith.

Combien de temps avez-vous travaillé avec elle ?

Très peu de temps. Mais j’ai vécu dans le sillage et souvent dans la maison d’Edith. Cela a duré huit ans ! J’ai toujours été là, dans les moments gais, dans les moments dramatiques. Pas aussi présent que ceux qui vivaient “totalement” avec elle, parce que je travaillais. Mais dès que je pouvais m’évader, j’allais la retrouver. Elle était très fidèle en amitié, en amour aussi. Ses vraies aventures amoureuses duraient deux ans – ce qui, à l’époque, n’était pas bien vu - mais c’était déjà une fidélité.

Était-elle une amoureuse éperdue ?

Quand elle était amoureuse, elle était prête à suivre son homme. Malheureusement pour elle, aucun n’a été assez fort. Alors, elle le suivait un temps, puis, à un moment donné, le processus s’inversait... Sauf dans le cas de Pousse. Si, au début d’une aventure, Edith était la faible femme amoureuse, elle reprenait très vite le dessus ! (rires) Edith savait très bien ce qu’elle voulait. Et alors que chaque amoureux se croyait patron, nous savions bien, nous tous, ce qu’il en était ! Pour Cerdan, c’était différent. Il avait choisi de suivre une femme qui n’avait pas la même vie que lui et qui lui apprenait beaucoup.

Elle aidait d’ailleurs beaucoup ses “hommes”…

Edith a “pygmalionné”, dans le bon sens, ses amis et ses amants. Elle leur donnait ce qu’elle-même avait appris dans les mains d’autres, d’amants comme Raymond Asso, ou d’amis comme Cocteau et Marcel Achard. Elle savait très bien grappiller ce qu’il lui fallait pour devenir plus intéressante, plus instruite, plus littéraire. J’emploie ces mots car ils expriment précisément sa démarche. Elle se donnait toujours la peine de lire ce qu’on lui apportait, compulsant le dictionnaire pour mieux comprendre ce qu’il y avait à apprendre. C’était une vraie écolière. Allons plus loin : déjà une lycéenne !

Une lycéenne qui écrivait…

On ignore souvent qu’elle est l’auteur des premières chansons qui ont fait Montand. Elle écrivait très bien. Prenez par exemple le couplet de La Vie en rose, c’est extraordinaire de concision ; en quatre phrases, on sait à qui on a à faire. Elle avait d’une part l’instinct et d’autre part l’amour de la langue française. Il n’y a pas d’élisions dans ses textes et la césure est parfaitement respectée. Tout cela, je l’ai appris d’elle. J’ai su ainsi qu’il fallait faire de même que nos grands auteurs, Hugo, Corneille, La Fontaine, Racine, Molière… Lorsque je l’ai rencontrée, j’avais déjà monté quelques marches – oh ! pas bien élevées -, j’avais eu quelques maîtres qui m’avait permis d’être au même centimètre qu’elle ! (rires) Notamment Jean Cocteau. Si j’ai eu beaucoup plus de difficultés que les autres, j’ai aussi eu plus de chance !

Car au départ la critique n’était-elle pas très dure à votre égard ?

J’en ai eu de très méchantes. J’adorerais les retrouver. Je ne comprends pas les gens qui cachent leur passé. Chez moi, tout est au grand jour. Et, le peu qui restera vivant de moi après ma mort ne sera pas mensonger. Le jour où l’on disparaît, il ne faudrait pas que l’on ait affaire à un faux personnage ! De Piaf, on a un vrai personnage, à quelques anecdotes près…

Lesquelles ?

Après un pot-au-feu dans un restaurant, elle a demandé à la serveuse de lui envelopper l’os. Une fois à la maison – j’habitais alors chez elle -, elle a demandé à sa secrétaire de l’envoyer à “Monsieur André Luguet”, un acteur avec une allure très britannique, avec un petit mot : “Je t’envoie l’os de mon cul pour te faire un bouillon”.

On a pourtant du mal à avoir une image d’elle souriante…

Edith avait un passé dramatique, mais elle n’était pas triste du tout. Au contraire. C’était une femme gaie, qui aimait rire et les gens qui la faisaient rire. Même si je ne suis pas un grand humoriste, elle aimait bien mon humour. Je me souviens aussi d’un patron de music hall, venu discuter du prochain contrat avec elle. Elle lui a dit : “Momone (sa grande copine) va être avec moi sur scène et on va vous montrer quelque chose qui va faire bien”. Et les voilà toutes les deux dansant en levant la jambe et chantant : “Nous avons levé le pied, nous avons levé le pied !”. Le gars était surpris, mais n’osait la contredire, pire, il abondait dans son sens : “Ce sera très bien”… “Ah ! le couillon, il ne va tout de même pas croire que je vais chanter ça !”, s’est écriée Piaf. Elle faisait ainsi quantité de blagues et de plaisanteries.

Vous sortez un livre, un nouvel album et, à chaque concert, vous  changez l’interprétation de vos chansons. Êtes-vous toujours  créatif, même dans la vie quotidienne ?

Je ne peux pas chanter la même chose tout le temps. Je m’ennuie et j’ai horreur de m’ennuyer. J’ai élevé ma famille comme ça. Dans une maison, dans une vie, il faut qu’il y ait du mouvement, sinon on va de la naissance au cimetière avec la même monotonie. Avec mes parents, certains jours, nous n’avions pas assez à manger, mais il y avait toujours dans la maison de l’humour, de la gaieté. Et… de la musique ! La musique fait vivre différemment. Dans la maison d’Edith, on vivait de musique. Il y avait toujours de jeunes auteurs et des compositeurs qui venaient montrer de nouvelles chansons pour Piaf. Elle ne les acceptait pas toutes, mais elle leur prodiguait toujours des conseils. Le jeune repartait ainsi avec un cadeau utile. Plus on réussit, plus il faut prendre la peine. Et, quand on n’a pas réussi, il faut savoir se taire, écouter ce que l’on vous raconte pour y piocher quelque chose d’utile.


 

Propos recueillis par Patrice Demailly - NORD ECLAIR - Publié le samedi 31 octobre 2009 (extrait)

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Vous écrivez qu'Édith Piaf ne se droguait pas. Ce qui n'est pas la version du film « La Môme »...

>> La seringue me dérange terriblement parce que je n'en ai jamais vu. J'ai quand même vécu huit ans chez elle. Piaf buvait peut-être plus que de raison. Un jour, alors qu'elle était médicalement suivie, elle a demandé : « Je peux quand même prendre du porto avec mon melon ? ». Le docteur a accepté et elle a renchéri : « Le melon, vous le creusez bien ! ». Piaf était très drôle et on ne retrouve pas cet humour dans le film. Moi, j'ai écrit la vérité sur elle et mes enfants pourront s'en servir quand je serai mort.

Le texte est-il dans un de vos tiroirs ?

>> Exactement. J'ai beaucoup de textes qui sont secrets. Ce sont des anecdotes sur des artistes comme Brel, Ferré, Lino Ventura, Michel Serrault... Le plus anodin, ce ne sont pas leurs défauts mais leurs travers. .../...