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L'Union - 23/10/2011

 

Aznavour : « Je suis bien là et avec un public fervent »

Aznavour : « Je suis bien là et avec un public fervent »



Charles Aznavour en pleine répétition avant d'entamer

Propos recueillis par François-Xavier Guillerm

Marathon. A 87 ans, le dernier des géants de la chanson française a débuté une tournée à travers la France, après un mois de succès à l'Olympia. Charles Aznavour revient sur sa jeunesse, ses amours, ses emmerdes.

 

 

 

 

 

 

Après soixante-dix ans de carrière, vous continuez ! 
Je suis un artiste aimé. Si vous n'êtes pas aimé de votre public, on peut vous oublier très vite. Ça a été le contraire pour moi. Je suis né dans la difficulté et il a fallu beaucoup d'efforts pour que mon tour de chant devienne ce qu'il est devenu. Le public est venu avant les médias et, à 87 ans, je suis non seulement là, mais avec un public fervent. C'est tout ce que j'attendais, tout ce que je voulais…

Cette tournée est-elle une tournée d'adieux ?
Je n'ai jamais fait de tournée d'adieux. J'avais dit, il y a longtemps, que je ne ferai plus de tournée. On en fait une maintenant parce que je suis obligé de la faire sinon on va vexer le public de Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, etc. Je la fais donc avec grand plaisir mais je n'arrête pas ma carrière !

Vous avez toujours la même envie ?
Le mot envie, je ne connais pas. Je suis quelqu'un qui va au bout de ce qu'il a décidé dans sa vie. C'est pas difficile : pas d'éducation scolaire, rien en littérature, ne connaissant pas la musique, parlant mieux l'argot que le français, je suis arrivé à faire ce que je fais. C'est dire qu'il fallait vraiment y aller… Personne ne m'a aidé, personne ne m'a rien apporté, personne ne m'a rien appris ; j'ai volé ce que je voulais !

« Si vous n'êtes pas aimé de votre public, on peut vous oublier très vite »

Vous n'êtes jamais en panne d'inspiration pour écrire vos chansons ?
Mais si je suis en panne d'inspiration, bien sûr ! L'inspiration, c'est beaucoup de transpiration. Il n'y a que Victor Hugo qui n'était jamais en panne et il a tout écrit !

Qu'est-ce qui vous nourrit ? La littérature ?
Bien sûr ! On ne sort pas d'une forêt en ayant du talent ou du génie. Et le génie, c'est surtout quand on est mort ! Au moment où j'écris, je dis des choses, j'emploie des mots que je n'ai jamais employés. J'ai dû les entendre quelque part… C'est un phénomène extraordinaire.

Pourquoi dîtes-vous que vous écrivez mieux aujourd'hui qu'hier ?
Mon français est bien meilleur parce que je donne la priorité à l'écriture et non pas à l'idée. Une idée, ça passe, le texte, ça reste ! Dans les chansons de Trenet, vous vous souvenez des phrases entières. Pareil chez Audiard, on se souvient de dialogues entiers ! Ce n'est pas l'idée, c'est le texte ! Nous sommes un pays de texte, pourquoi ne pas en profiter ? Je n'ai pas choisi l'arménien ; j'aurai pu, je le parle…

La nostalgie de la jeunesse et des amours passées est au cœur de vos chansons…
Les gens heureux n'ont pas d'histoire, c'est connu… Qu'est-ce que vous voulez écrire après « Y a de la joie » de Trenet ? On ne peut plus chanter la joie ; il a tout dit ! Maintenant, la jeunesse… Qu'est-ce que je dis sur la jeunesse ? Vivez-là, ne la gâchez pas. Moi, je l'ai vécue ma jeunesse !

Vous n'avez jamais été déraisonnable ?
Si ! A partir du moment où vous buvez trop, vous fumez trop, vous sortez trop, vous êtes déraisonnable. Je sais tout ça ! Je fumais trois paquets de cigarettes par jour… J'ai souffert. Arrêter de fumer, c'est beaucoup plus dur que d'arrêter de boire.

« Quand je me trompe, je le dis au public, j'arrête et je recommence ! »

La jeunesse d'aujourd'hui sait-elle profiter de la vie ?
Elle ne profite pas de la vie ; elle profite d'un progrès fait par une civilisation de publicité qui leur donne à boire, à manger et à faire n'importe quoi !

Vous aimez le rap et le slam, mais pas trop la chanson française actuelle…
Pendant les années 60-80, on a eu une bonne chanson française mais pendant une certaine période, qu'est-ce qu'on a eu comme merde !

Vous dîtes qu'on ne sait plus écrire une chanson d'amour…
Peut-être qu'ils ne font pas l'amour de la même manière !

Il y a bien des chanteurs de variété actuels qui vous plaisent ?
J'aime bien Biolay, Benabar, Ruiz, Zazie… Il y en a un paquet qui est formidable. Mais la première qualité qu'ils doivent avoir, c'est un bon texte. Fou, fantaisiste, triste, littéraire, mais bien écrit. Il faut se méfier des textes avec des paroles creuses qui vous parlent du Biafra ou je ne sais quoi, c'est de la chanson voulue, pas de la chanson sentie. Les gens que je vous ai cités sont des gens qui écrivent leurs chansons d'après leur tempérament. Les autres, je ne les connais pas et ne veux pas les connaître. Ils font des succès, des tubes…

Pensez-vous déjà à un prochain album ?
Il y a ce qu'il faut mais je ne suis pas sûr que ça soit bon, donc je continue à écrire. Je n'ai pas le choix.

Votre mémoire est défaillante, dîtes-vous, n'est-ce pas embêtant pour chanter ?
J'utilise un prompteur ; je le dis en scène ! Je ne le regarde pas tout le temps mais j'ai un prompteur pour toutes les chansons, y compris celles que je connais par cœur. Quand je me trompe, je le dis au public, j'arrête et je recommence ! J'ai mis mon public dans la confidence définitivement ! Mon public n'est pas mon critique ; mon public est mon ami…

Vous avez des soucis d'oreilles, n'est-ce pas gênant ?
Je me suis rééduqué, c'est-à-dire que je pense une note et je chante dans le ton de la note pensée. Et de temps en temps, je la pense mal… C'est là où j'arrête et que je dis au public : « J'ai chanté faux, on va recommencer… »

Vous en souffrez ?
J'en souffre surtout à la ville… C'est embêtant de faire répéter tout le monde. En plus ma femme, elle parle très bas…

Est-ce qu'Eddy Mitchell vous a vexé en disant vous feriez mieux de vous arrêter à temps ?
Il l'a dit pour lui-même ! Sardou l'a dit avant lui : « Ne pas devenir un vieux chanteur ». Mais un vieux chanteur, ça n'existe pas. Il y a des gens qui ne peuvent plus ou n'ont plus envie de chanter, qui ont perdu leur public… Il ne faudrait pas qu'il y ait de vieux peintres ? Picasso n'existerait pas… Pas de vieux écrivains ? Tolstoï n'aurait pas existé… Il ne faut pas exagérer ! Je ne suis pas un vieux chanteur !



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