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Charente Libre - 20/10/2011

Aznavour: «être populaire»



 

Propos recueillis par Jacques PESSIS - L'article en ligne
Charles Aznavour: «Il ne faut pas fatiguer le public, car c'est comme cela qu'on risque de le perdre.»
A87 ans, le chanteur français est en tournée en France depuis le début du mois. Un pays qu'il aime et qu'il est heureux de retrouver. Et qui ne l'a pas vu si souvent sur scène. Rencontre.
Comment avez-vous préparé cette nouvelle tournée?
Charles Aznavour. Le plus simplement du monde. Je sais que je vais chanter dans une trentaine de villes, mais je n'ai jamais le planning en tête. Je me contente de suivre le mouvement. Le soir, avant de rentrer à l'hôtel, je pose toujours la même question: «Où va-t-on demain?».
Une tournée de trente dates après un mois à L'Olympia. Vous semblez vous réjouir à l'idée de ce nouveau marathon.
Parce que cette tournée me permet de retrouver un pays que j'aime et dont je connais tous les paysages. Bien que je n'aie pas chanté en France aussi souvent qu'on pourrait l'imaginer. Je crois même être l'artiste qui a tourné le moins.
Vous êtes pourtant celui qui est le plus demandé.
Je pense qu'il n'est pas nécessaire d'en faire trop. Il ne faut pas fatiguer le public, car c'est comme cela qu'on risque de le perdre.
L'affluence dans les salles montre que vous l'avez plutôt gagné.
Ça n'a pas toujours été le cas. Au départ, au milieu des années 50, j'étais loin de faire le plein partout. Il a fallu du temps pour que je sois accepté. Marseille a été la première ville où j'ai eu du succès. Et pourtant, le public de la Canebière est réputé comme le plus difficile de France. À Strasbourg, en revanche, ç'a été plus difficile. Les premières fois, les salles étaient tellement vides que j'ai demandé à mon impresario de ne pas insister. Ç'a fini par s'arranger ensuite. Comme partout, d'ailleurs.
Une ville ou un lieu vous ont-ils marqué à jamais ?
Un cinéma-théâtre à Avignon, incontestablement. La première fois que je m'y suis rendu, j'étais le régisseur d'Édith Piaf. Je m'occupais de tout, des éclairages, de sa loge. Dix ans plus tard, quand je suis revenu en vedette, je me suis dirigé directement vers cette pièce que je connaissais par coeur. Le directeur m'a barré l'entrée, en s'exclamant: «N'entrez pas ici, c'est la loge de Monsieur Aznavour.» Il se souvenait du régisseur, mais n'avait pas fait le rapprochement avec moi.
Selon quel critère choisissez-vous une ville plutôt qu'une autre?
La taille du théâtre. J'ai accepté, un jour, à la demande de Jean Ferrat, de chanter dans un espace très limité. Je n'ai jamais recommencé. Les petites salles ne permettent pas, hélas, d'accueillir mes musiciens et mon équipe. Une tournée, ce sont des camions et cinquante à soixante personnes qui travaillent avec moi. Voici trente ans, j'arrivais dans des music-halls où il suffisait d'appuyer sur des boutons pour mettre en marche les micros et les lumières. Aujourd'hui, nous venons avec notre sonorisation, nos lumières, et même notre accordeur de piano. Une tournée, ce sont des centaines de kilomètres par jour.
N'est-ce pas épuisant?
Au contraire! J'aime bien rouler. Pas les autres, bien sûr... J'adore passer des heures en voiture. C'est le seul moment où je ne travaille pas. Je regarde les paysages, j'écoute de la musique, nous parlons beaucoup. Il arrive que je chante deux ou trois soirs dans la même ville. C'est comme si j'avais une demi-journée de travail. Ça me repose...
Un arrêt dans un restaurant étoilé figure-t-il régulièrement dans votre feuille de route?
Je déjeune toujours en route et je connais toutes les bonnes adresses. Je constate ainsi combien notre gastronomie se porte très bien. Le danger de la malbouffe semble définitivement écarté. Les jeunes ont compris qu'il était important de bien manger. C'est excellent pour le palais, mais aussi pour la santé. Je songe d'ailleurs à écrire un manuel du parfait voyageur en France, en reprenant une idée que j'avais soumise, un jour, à Gault et Millau. Je voulais qu'ils placent une petite patte à côté des étoiles dans les guides afin de signaler les restaurants dans lesquels nos amis les chiens sont les bienvenus. Les miens sont capables de reconnaître les meilleurs d'entre eux, ce qui fait beaucoup rire les chefs.
Faites-vous partie de ces artistes qui, le jour d'un concert, passent leur journée enfermés dans leur chambre d'hôtel ou dans leur loge ?
Pas du tout. Je me couche tout de suite après le spectacle, je dors peu et me lève tôt. Ce qui me laisse le temps, avant de repartir, de visiter les musées, les églises, et, surtout les boutiques. Je suis un dépensier, je le confesse. Je suis incapable, par exemple, de résister à un gadget.
En vous promenant dans la rue, au milieu des passants, vous êtes loin des critères du vedettariat.
J'ai compris, depuis quelque temps, que le vedettariat, ce n'est pas important. Ce qui est essentiel, c'est d'être populaire. Certains artistes l'ignorent et il me semble urgent de le leur apprendre.
Au Zenith de Limoges le vendredi 28 octobre, à la patinoire de Bordeaux le 26 novembre et le 27 au parc des expos de La Rochelle.

Propos recueillis par Jacques PESSIS - L'article en ligne

 

Charles Aznavour: «Il ne faut pas fatiguer le public, car c'est comme cela qu'on risque de le perdre.»


A 87 ans, le chanteur français est en tournée en France depuis le début du mois. Un pays qu'il aime et qu'il est heureux de retrouver. Et qui ne l'a pas vu si souvent sur scène. Rencontre.


Comment avez-vous préparé cette nouvelle tournée?
Charles Aznavour. Le plus simplement du monde. Je sais que je vais chanter dans une trentaine de villes, mais je n'ai jamais le planning en tête. Je me contente de suivre le mouvement. Le soir, avant de rentrer à l'hôtel, je pose toujours la même question: «Où va-t-on demain?».


Une tournée de trente dates après un mois à L'Olympia. Vous semblez vous réjouir à l'idée de ce nouveau marathon.
Parce que cette tournée me permet de retrouver un pays que j'aime et dont je connais tous les paysages. Bien que je n'aie pas chanté en France aussi souvent qu'on pourrait l'imaginer. Je crois même être l'artiste qui a tourné le moins.


Vous êtes pourtant celui qui est le plus demandé.
Je pense qu'il n'est pas nécessaire d'en faire trop. Il ne faut pas fatiguer le public, car c'est comme cela qu'on risque de le perdre.


L'affluence dans les salles montre que vous l'avez plutôt gagné.
Ça n'a pas toujours été le cas. Au départ, au milieu des années 50, j'étais loin de faire le plein partout. Il a fallu du temps pour que je sois accepté. Marseille a été la première ville où j'ai eu du succès. Et pourtant, le public de la Canebière est réputé comme le plus difficile de France. À Strasbourg, en revanche, ç'a été plus difficile. Les premières fois, les salles étaient tellement vides que j'ai demandé à mon impresario de ne pas insister. Ç'a fini par s'arranger ensuite. Comme partout, d'ailleurs.


Une ville ou un lieu vous ont-ils marqué à jamais ?
Un cinéma-théâtre à Avignon, incontestablement. La première fois que je m'y suis rendu, j'étais le régisseur d'Édith Piaf. Je m'occupais de tout, des éclairages, de sa loge. Dix ans plus tard, quand je suis revenu en vedette, je me suis dirigé directement vers cette pièce que je connaissais par coeur. Le directeur m'a barré l'entrée, en s'exclamant: «N'entrez pas ici, c'est la loge de Monsieur Aznavour.» Il se souvenait du régisseur, mais n'avait pas fait le rapprochement avec moi.


Selon quel critère choisissez-vous une ville plutôt qu'une autre?
La taille du théâtre. J'ai accepté, un jour, à la demande de Jean Ferrat, de chanter dans un espace très limité. Je n'ai jamais recommencé. Les petites salles ne permettent pas, hélas, d'accueillir mes musiciens et mon équipe. Une tournée, ce sont des camions et cinquante à soixante personnes qui travaillent avec moi. Voici trente ans, j'arrivais dans des music-halls où il suffisait d'appuyer sur des boutons pour mettre en marche les micros et les lumières. Aujourd'hui, nous venons avec notre sonorisation, nos lumières, et même notre accordeur de piano. Une tournée, ce sont des centaines de kilomètres par jour.


N'est-ce pas épuisant?
Au contraire! J'aime bien rouler. Pas les autres, bien sûr... J'adore passer des heures en voiture. C'est le seul moment où je ne travaille pas. Je regarde les paysages, j'écoute de la musique, nous parlons beaucoup. Il arrive que je chante deux ou trois soirs dans la même ville. C'est comme si j'avais une demi-journée de travail. Ça me repose...


Un arrêt dans un restaurant étoilé figure-t-il régulièrement dans votre feuille de route?
Je déjeune toujours en route et je connais toutes les bonnes adresses. Je constate ainsi combien notre gastronomie se porte très bien. Le danger de la malbouffe semble définitivement écarté. Les jeunes ont compris qu'il était important de bien manger. C'est excellent pour le palais, mais aussi pour la santé. Je songe d'ailleurs à écrire un manuel du parfait voyageur en France, en reprenant une idée que j'avais soumise, un jour, à Gault et Millau. Je voulais qu'ils placent une petite patte à côté des étoiles dans les guides afin de signaler les restaurants dans lesquels nos amis les chiens sont les bienvenus. Les miens sont capables de reconnaître les meilleurs d'entre eux, ce qui fait beaucoup rire les chefs.


Faites-vous partie de ces artistes qui, le jour d'un concert, passent leur journée enfermés dans leur chambre d'hôtel ou dans leur loge ?
Pas du tout. Je me couche tout de suite après le spectacle, je dors peu et me lève tôt. Ce qui me laisse le temps, avant de repartir, de visiter les musées, les églises, et, surtout les boutiques. Je suis un dépensier, je le confesse. Je suis incapable, par exemple, de résister à un gadget.


En vous promenant dans la rue, au milieu des passants, vous êtes loin des critères du vedettariat.
J'ai compris, depuis quelque temps, que le vedettariat, ce n'est pas important. Ce qui est essentiel, c'est d'être populaire. Certains artistes l'ignorent et il me semble urgent de le leur apprendre.


Au Zenith de Limoges le vendredi 28 octobre, à la patinoire de Bordeaux le 26 novembre et le 27 au parc des expos de La Rochelle.



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