mardi 28 mars 2017

1 visiteur(s) et 0 membre(s) en ligne.

[Visiteur - Connexion]

deconnexion

Inscription


Chercher avec google
Google search
Recherche
Activité du Site

Pages vues depuis 04/02/2000 : 1 869 858

  • Nb. de Membres : 176
  • Nb. d'Articles : 189
  • Nb. de Forums : 8
  • Nb. de Sujets : 4
  • Nb. de Critiques : 1

Top 30  Statistiques

La voix du Nord - mardi 18.10.2011, 05:15 - propos receuillis par VIRGINIE CARTON

Charles Aznavour : « Je vais au bout de ce que j'ai décidé dans ma vie »



 INTERVIEW |

Impressionnant Charles Aznavour. On l'avait quitté il y a quatre ans, victime de problèmes de surdité et de justesse. On le retrouve à 87 sept ans avec un nouvel album plus inspiré que jamais, chantant juste, pleind'une énergie sur scène à couper le souffle.

En ce 5 octobre, Charles Aznavour, en peignoir, ouvre un courrier reçu dans sa loge de l'Olympia.

- Une lettre d'amour ?

Non, je ne reçois pas de lettre d'amour. J'en ai très peu reçu dans ma vie. Moi je suis un artiste aimé à la bonne limite. Je suis né dans la difficulté. Il a fallu beaucoup de forceps pour que mon tour de chant devienne ce qu'il est devenu. Le public est venu avant les médias, voyez, à 87 ans, je suis non seulement là, mais avec un public fervent. C'est tout ce que j'attendais. Je ne voulais pas autre chose. »

 

 - Votre désir est-il toujours intact ?
« Je suis quelqu'un qui va au bout de ce qu'il a décidé dans sa vie. Pas d'éducation scolaire, rien en littérature, ne connaissant pas la musique, parlant mieux l'argot que le français, je suis arrivé à faire ce que je fais. C'est dire qu'il fallait vraiment y aller ! Personne ne m'a aidé, personne ne m'a rien apporté, personne ne m'a rien appris, j'ai volé ce que je voulais. Je continue à m'instruire. Je le dis aux jeunes : l'instruction est la première chose au monde. »
- Ferez-vous un jour vos adieux ?
« Je n'en ai jamais fait et n'en ferai pas. Pourquoi arrêterais-je ma carrière ? Pour faire plaisir à qui ? On m'a mis des difficultés pour que je rentre, ils en auront à me faire sortir ! Un vieux chanteur, ça n'existe pas. Moi je ne suis pas un vieux chanteur. Je suis un chanteur âgé. Je travaille du matin au soir.
J'ai eu la chance d'avoir une épouse qui a accepté d'avoir un mari absent. Quand je suis chez moi, je suis à ma table de travail, j'écris. Et la nuit, je lis jusqu'à deux heures du matin. Quelqu'un qui écrit, c'est quelqu'un d'absent. »
- Vous n'êtes jamais en panne d'inspiration ?
« Si, bien sûr. L'inspiration, c'est beaucoup de transpiration. Mais la littérature me nourrit. La vie aussi. On ne sort pas d'une forêt en ayant tout à coup soit du talent soit du génie. Le génie, d'ailleurs, c'est surtout quand on est mort. Mais c'est très curieux, au moment où j'écris, les souvenirs reviennent et j'écris mieux que ce que je sais. J'emploie des mots que je n'ai jamais employés et jamais recherchés. J'écris mieux aujourd'hui, parce que je donne la priorité à l'écriture et non pas à l'idée. »
- Les thèmes des amours déçues, de la jeunesse enfuie reviennent souvent chez vous.
« Oui. Les gens heureux n'ont pas d'histoire. Après Il y a d'la joie de Trenet, que peut-on faire de mieux ? Quant aux jeunes, j'ai envie de leur dire : vivez la jeunesse ! Ne la gâchez pas dans des bêtises. Je l'ai vécue moi, ma jeunesse ! Bien même ! La jeunesse d'aujourd'hui ne profite pas de la vie mais d'un progrès fait par une civilisation de publicité qui leur donne à boire, à manger n'importe quoi ! »
- En amour, avez-vous bien profité ?
« Je suis resté longtemps avec les mêmes femmes. Je n'ai pas profité de ma notoriété pour cavaler à droite et à gauche. Je suis entré en famille et j'ai vécu la famille. Ça va faire 47 ans que je suis avec la même femme ».
- Jeune, étiez-vous déjà aussi lucide sur les autres et la vie ?
« Non, je ne l'étais pas au départ. Mais ma femme est protestante. Elle voit les choses. Elle est discrète, elle ne veut pas être au premier plan, elle ne vient pas aux premières, elle vient le lendemain. J'ai épousé la femme qu'il me fallait ».
- Si vous aviez le choix, comment préféreriez-vous partir ?
« Je pense à la mort toutes les nuits. Mais je ne veux pas partir ! Mais puisqu'il le faut, ma famille autour de moi, autour du lit... Mon partenaire Pierre Roche a eu une mort formidable, entouré de ses fils, sa petite amie, un ou deux amis, il avait mis ma photo sur la cheminée et paraît-il qu'il a dit : "j'ai vécu la vie que je voulais vivre". C'est beau. Je ne sais pas si j'aurais ce courage. »
- Quelle est la question que les journalistes devraient vous poser ?
« Pourquoi dans La Bohème, vous avez un mouchoir et qu'à la fin vous le jetez par terre ? »
- Pourquoi ?
« La Bohème, c'est la jeunesse. Le mouchoir blanc, c'est la pureté, et à la fin, c'est la mort. Je jette le mouchoir car c'est la fin de tout ».
- Il y a quelques années, vous aviez eu des problèmes de sons sur scène. Vous n'entendiez plus bien.
« Oui. Je suis allé voir le plus grand spécialiste de l'oreille au monde. Je me suis rééduqué. C'est-à-dire que je pense une note et je chante dans le ton de la note pensée. Mais il arrive quand même de temps en temps que je la pense mal. Dans ces cas, je m'arrête, je le dis au public et je m'y remets. »
- Savoir que vous avez pu chanter faux, ça ne vous a pas arrêté...
« On réapprend tout. L'homme qui est droitier auquel on coupe la main droite est bien obligé d'apprendre à réécrire avec sa main gauche. Alors nous, c'est vraiment peu de chose à côté de ça. Je me mets toujours à la place de pire. Parce que sinon, je me trouverais malheureux. Alors que je suis un homme heureux ! » •
En concert, dimanche 4 décembre, 17 h, au Zénith de Lille. 60/100 E.

 - Votre désir est-il toujours intact ?

 

« Je suis quelqu'un qui va au bout de ce qu'il a décidé dans sa vie. Pas d'éducation scolaire, rien en littérature, ne connaissant pas la musique, parlant mieux l'argot que le français, je suis arrivé à faire ce que je fais. C'est dire qu'il fallait vraiment y aller ! Personne ne m'a aidé, personne ne m'a rien apporté, personne ne m'a rien appris, j'ai volé ce que je voulais. Je continue à m'instruire. Je le dis aux jeunes : l'instruction est la première chose au monde. »

- Ferez-vous un jour vos adieux ?

« Je n'en ai jamais fait et n'en ferai pas. Pourquoi arrêterais-je ma carrière ? Pour faire plaisir à qui ? On m'a mis des difficultés pour que je rentre, ils en auront à me faire sortir ! Un vieux chanteur, ça n'existe pas. Moi je ne suis pas un vieux chanteur. Je suis un chanteur âgé. Je travaille du matin au soir. J'ai eu la chance d'avoir une épouse qui a accepté d'avoir un mari absent. Quand je suis chez moi, je suis à ma table de travail, j'écris. Et la nuit, je lis jusqu'à deux heures du matin. Quelqu'un qui écrit, c'est quelqu'un d'absent. »

- Vous n'êtes jamais en panne d'inspiration ?

« Si, bien sûr. L'inspiration, c'est beaucoup de transpiration. Mais la littérature me nourrit. La vie aussi. On ne sort pas d'une forêt en ayant tout à coup soit du talent soit du génie. Le génie, d'ailleurs, c'est surtout quand on est mort. Mais c'est très curieux, au moment où j'écris, les souvenirs reviennent et j'écris mieux que ce que je sais. J'emploie des mots que je n'ai jamais employés et jamais recherchés. J'écris mieux aujourd'hui, parce que je donne la priorité à l'écriture et non pas à l'idée. »

- Les thèmes des amours déçues, de la jeunesse enfuie reviennent souvent chez vous.

« Oui. Les gens heureux n'ont pas d'histoire. Après Il y a d'la joie de Trenet, que peut-on faire de mieux ? Quant aux jeunes, j'ai envie de leur dire : vivez la jeunesse ! Ne la gâchez pas dans des bêtises. Je l'ai vécue moi, ma jeunesse ! Bien même ! La jeunesse d'aujourd'hui ne profite pas de la vie mais d'un progrès fait par une civilisation de publicité qui leur donne à boire, à manger n'importe quoi ! »

- En amour, avez-vous bien profité ?

« Je suis resté longtemps avec les mêmes femmes. Je n'ai pas profité de ma notoriété pour cavaler à droite et à gauche. Je suis entré en famille et j'ai vécu la famille. Ça va faire 47 ans que je suis avec la même femme ».

- Jeune, étiez-vous déjà aussi lucide sur les autres et la vie ?

« Non, je ne l'étais pas au départ. Mais ma femme est protestante. Elle voit les choses. Elle est discrète, elle ne veut pas être au premier plan, elle ne vient pas aux premières, elle vient le lendemain. J'ai épousé la femme qu'il me fallait ».

- Si vous aviez le choix, comment préféreriez-vous partir ?

« Je pense à la mort toutes les nuits. Mais je ne veux pas partir ! Mais puisqu'il le faut, ma famille autour de moi, autour du lit... Mon partenaire Pierre Roche a eu une mort formidable, entouré de ses fils, sa petite amie, un ou deux amis, il avait mis ma photo sur la cheminée et paraît-il qu'il a dit : "j'ai vécu la vie que je voulais vivre". C'est beau. Je ne sais pas si j'aurais ce courage. »

- Quelle est la question que les journalistes devraient vous poser ?

« Pourquoi dans La Bohème, vous avez un mouchoir et qu'à la fin vous le jetez par terre ? »

- Pourquoi ?

« La Bohème, c'est la jeunesse. Le mouchoir blanc, c'est la pureté, et à la fin, c'est la mort. Je jette le mouchoir car c'est la fin de tout ».

- Il y a quelques années, vous aviez eu des problèmes de sons sur scène. Vous n'entendiez plus bien.

« Oui. Je suis allé voir le plus grand spécialiste de l'oreille au monde. Je me suis rééduqué. C'est-à-dire que je pense une note et je chante dans le ton de la note pensée. Mais il arrive quand même de temps en temps que je la pense mal. Dans ces cas, je m'arrête, je le dis au public et je m'y remets. »

- Savoir que vous avez pu chanter faux, ça ne vous a pas arrêté...

« On réapprend tout. L'homme qui est droitier auquel on coupe la main droite est bien obligé d'apprendre à réécrire avec sa main gauche. Alors nous, c'est vraiment peu de chose à côté de ça. Je me mets toujours à la place de pire. Parce que sinon, je me trouverais malheureux. Alors que je suis un homme heureux ! » 


En concert, dimanche 4 décembre, 17 h, au Zénith de Lille. 60/100 E.



Précédent |  Suivant

Temps : 0.3737 seconde(s)